Mgr Dubost nous envoie quelques cartes postales de Terre Sainte où il s’est rendu du 9 au 12 octobre 2010...
Télécharger l’ensemble des cartes postales

Six heures…
Rachel, l’Anglaise, nous dit que c’est fluide.
Elle a déjà compté 500 personnes.
Le seul mécontent ce matin
C’est le marchand de café :
il ne vend rien !
Les hommes courent en sortant du bus,
S’engouffrent dans les cages 1, 2, 3…
Celle pour les femmes n’est pas ouverte
car il y a peu de femmes à cette heure.
Elles viendront tout-à-l’heure, paraît-il,
après le passage des enfants, scolaires.
J’entre dans la file…
Vingt minutes de queue.
Un tourniquet , on passe un par un,
le tourniquet bloque.
Peu de conversations
surtout pour moi qui ne parle pas arabe.
L’adolescent devant moi
révise une leçon.
Le tourniquet me laisse avancer,
Une arche pour détecter les métaux
Il faut enlever sa ceinture…
Un tunnel, je pose ma veste,
j’avance.
Enfin, je vois ceux qui jugent de ceux qui peuvent passer.
Ou plutôt celles, deux jeunes femmes,
l’une est blonde : elle semble dormir debout ;
l’autre est noire…
Elle ne parle pas anglais.
Je lui tends mon passeport
elle me regarde, égarée
derrière sa vitre blindée.
« Visa ? » Je n’ai pas de visa.
Elle réveille la blonde
qui fait signe de passer
et se rendort.
Comme chacun, je remets ma ceinture
et m’entasse dans un bus
40 minutes…encore.
Que voulez-vous : les bouchons !
C’est l’habitude entre Ramallah et Jérusalem.

Jamais on n’a parlé autant de la colonisation dans les territoires occupés d’Israël. Même si ce gel a souvent été plus apparent que réel, il est important. L’histoire de Daoud permet de le comprendre. Daoud est propriétaire d’une terre de 16 hectares, à 950 mètres d’altitude, quelque part entre Bethléem et Hébron. De chez lui, de colline en colline, d’horizon en horizon, la vue s’étend jusqu’à la Méditerranée, qui est, sans doute, à soixante kilomètres. Rien au monde ne peut donner un sentiment de paix aussi grand qu’un coucher de soleil dans le silence du soir à peine troublé par le bêlement d’un mouton.
Donc, Daoud est propriétaire. C’est son grand-père qui a acheté la terre en 1916. Et, depuis ce temps-là, sa famille a cultivé ce que nous pouvons difficilement appeler des champs, tellement la pierre y est répandue… mais, de restanque en restanque, la vigne et les oliviers arrivent à pousser.
Le père de Daoud vivait dans une grotte avec sa famille.
En 1991, le gouvernement israélien a décidé que toute cette terre était propriété d’Etat, sans évidemment proposer des compensations financières. L’affaire fut portée en justice… sans qu’une décision soit prise. En 2001, un comité local de colonisation a décidé d’ouvrir une route sur la partie est de la propriété, en 2003 sur la partie ouest. Une fois encore, un appel à la justice est lancé. Pour se venger, une nuit, les colons d’alentour arrachent 250 oliviers… L’affaire ayant fait quelque bruit, un groupe de Juifs a fait replanter, à ses frais, le même nombre d’oliviers. La justice ne s’est toujours pas prononcée.
En attendant, la famille de Daoud n’a le droit ni à l’électricité, ni à l’eau, ni même à dresser une tente ; la route qui relie sa terre à Bethléem a été obstruée par d’énormes pierres… et, lorsqu’il a besoin de transporter quelque chose de pondéreux en voiture ou en camion, il doit faire un détour de vingt kilomètres.
Tout autour de chez lui –et, quelquefois, sur ses propres terres- vingt colons se sont installés, avec, évidemment, le confort, piscines, etc…
Je ne sais comment ses voisins regardent Daoud. Probablement, ils ne le regardent pas. Ils ne savent pas. Ils n’imaginent pas.
Mais l’extraordinaire n’a pas encore été dit.
Lorsqu’on arrive à la grille d’entrée, il est écrit en plusieurs langues que, même ceux qui se considèrent eux-mêmes comme les ennemis de Daoud, lui et sa famille ne peuvent pas les considérer comme des ennemis… Et cette terre est devenue un véritable lieu de rencontre et d’amitié où se déroulent des camps, des rencontres, des séminaires de formation à la paix et à la réconciliation. L’idée est simple : pour Daoud, il faut travailler à l’entente des Nations, même et surtout en Palestine, en permettant les rencontres entre personnes.
Certes, il est Palestinien et il est attaché à sa terre, mais il pense que la tradition profonde des Palestiniens est, certes, faite de fierté d’appartenir à cette Terre Sainte, mais aussi de tolérance et de compréhension.
Pour le moment, il semble ne pas avoir de consistance humaine pour ceux qui l’entourent de loin… mais ce catholique se sait être un frère universel.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 19 octobre 2010