Diocèse d'Evry-Corbeil-Essonnes - Accueil

Actualité, agenda,  événementsDécouvrir l’Église en EssonneCélébrer, prier, étapes de la vieEspace jeunes

L’engagement pour la justice et la paix
dans la rencontre interreligieuse


« Tels furent les fils de Sem selon leurs clans et leurs langues, groupés en pays selon leurs nations. Tels furent les clans des fils de Noé selon leurs familles groupées en nations. C’est à partir d’eux que se fit la répartition des nations sur la terre après le déluge.
Toute la terre avait alors le même langage et les mêmes mots. Au cours de leurs déplacements du côté de l’orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et ils s’y installèrent.
Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier. Ils dirent : « Allons ! Bâtissons une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Nous travaillerons à notre renommée, pour n’être pas dispersés sur toute la terre. » Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous le même langage : s’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu’ils décideront. Eh bien ! Descendons, embrouillons leur langage : qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. » De là, le Seigneur les dispersa sur toute l’étendue de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville. C’est pourquoi on l’appela Babel (Babylone), car c’est là que le Seigneur embrouilla le langage des habitants de toute la terre ; et c’est de là qu’il les dispersa sur toute l’étendue de la terre.
 »
Gn 10 ; 31 à 11 ; 9.

Pour nous les chrétiens, la pluralité est un fait. Une condition fondamentale de l’existence humaine : Dieu nous a voulus différents pour que nous ne nous satisfassions pas de nous-mêmes et que nous ne pensions pas être un, comme lui. Lui est unique. Nos différences nous font prendre conscience que nous ne sommes que des créatures. Notre particularité est une invitation à la recherche de ce qui nous manque : l’absolu.

Pour autant, le fait de la pluralité ne doit pas nous masquer l’universalité de la condition humaine. La connaissance de la pluralité et de l’universalité invite chacun à gérer sa particularité dans le désir de reconnaissance de l’autre et dans le désir d’être reconnu. Cette double volonté de reconnaissance est à la source du politique. Elle invite aussi le croyant à la rencontre, à sortir de lui et même de son groupe !

Alors, quel est le rôle de la rencontre interreligieuse ?

Tout d’abord, il convient de savoir ce que l’on désigne sous le terme de rencontre interreligieuse. Les types de rencontre peuvent être multiples.

- Elles peuvent se différencier par leur objet : on peut avoir différentes appartenances religieuses et se rencontrer au hasard des courses dans un supermarché, dans une cours de récréation, pour parler théologie, pour organiser une action caritative, pour avoir un poids politique, pour prier ensemble.
Les leaders que nous sommes peuvent attacher beaucoup d’importance à certaines formes, alors que les rencontres fortuites peuvent être plus déterminantes dans une situation difficile. Le rôle des responsables peut être alors celui de l’éducation. Je rêve -sur le modèle de ce qu’ont fait les Allemands et les Français - à une histoire commune des religions…

- Elles peuvent se différencier par leur forme : discussion informelle, échanges de réflexions élaborées, méchouis, parties de football, concert (on se souvient de l’effort de Yehudi Menuhin ou de celui de Daniel Barenboïm).

- Elles peuvent se différencier par leurs motivations : la rencontre interreligieuse peut avoir une visée politique pour aller vers la justice alors qu’il n’est pas possible - dans un contexte donné - de parler de ce qui fait la difficulté d’une situation… A vrai dire, il n’est pas forcément inutile de commencer à se parler et le religieux peut être une des bonnes manières de commencer un dialogue à condition de ne pas ignorer le fond du problème.

  • Le Moyen-Orient est une région où se trouvent des riches et des pauvres.
  • Le Moyen-Orient est un carrefour, une région stratégique majeure, où se rencontrent Europe, Asie et Afrique.
  • Le Moyen-Orient est composé de pays où circule beaucoup d’argent : si les pays récemment visités par le Pape sont pauvres en pétrole, ce n’est pas le cas de quelques-uns des pays voisins qui comptent sur la scène internationale…
  • Le Moyen-Orient est le berceau des trois grandes religions monothéistes, qui y fondent une part de leur identité. Chacune a, dans la particularité de cette géographie, une légitimité à une forme de présence.
  • Le Moyen-Orient vit dans des équilibres instables depuis le 19ème siècle et sa confrontation au colonialisme de l’ouest. Les interventions étrangères ont brisé la renaissance arable du XIXè siècle et ont divisé pour régner. Les interventions faites pour officiellement protéger les minorités chrétiennes ont souvent tourné au désastre pour celles-ci (En Irak dans les années, 20, au Liban, etc.).
  • Le Moyen-Orient vit la globalisation (la mondialisation) et son contrecoup - le mélange des populations - dans la difficulté, voire dans l’injustice : l’autre n’est pas perçu de la même manière suivant les cultures : le « goy » ne fait pas partie de son peuple et, pour certains, ne fait pas partie de la nation.
  • Le Moyen-Orient connaît des cultures différentes, où le « dhimmî » est un protégé qui n’a pas les mêmes droits que le citoyen, et le respect du « prochain » est plutôt un respect dû à la personne qu’à ses droits politiques.

La rencontre interreligieuse peut être aussi un alibi dont les auteurs ne sont pas forcément conscients pour remplacer un discours politique impossible sur la mal gouvernance de leur pays et pour leur permettre de parler avec des adversaires politiques sans mal juger leur camp. J’ai vécu cela au temps du rideau de fer. Mais il peut exister des rencontres interreligieuses à but politique, qui ont une véritable activité lorsque la liberté des hommes de Dieu permet de tracer des chemins vers la paix.

Mais la rencontre peut avoir des motivations vraiment religieuses : même là, on peut encore distinguer entre les rencontres où l’on monologue à tour de rôle dans le but de s’informer réciproquement ; c’est déjà important, à condition que ces dialogues ne ressemblent pas à ce que l’on pourrait résumer ironiquement en deux phrases : « Je t’écoute parce que nous sommes tous au service de Dieu. Tu sers Dieu à ta manière et je te respecte…mais écoute-moi, car, moi, je sers Dieu selon ce qu’il veut, et, en m’écoutant, c’est Dieu que tu écoutes. »

Enfin, la rencontre interreligieuse peut avoir pour motivation une volonté (j’insiste sur le mot volonté) réelle d’écoute qui, d’une certaine manière, accepte d’être blessée dans son identité. Paul est pour nous un modèle en ce domaine : il est Grec avec les Grecs, Juif avec les Juifs… il s’est toujours battu contre tout enfermement identitaire pour être ouvert, dans l’Esprit-Saint, à l’amour universel que lui inspire Jésus, le Messie crucifié et ressuscité.

Je ne sais pas si je suis capable de cette rencontre-là !

La contribution de la rencontre religieuse à la justice et à la paix :

Mais le monde religieux peut et doit avoir des ambitions et permettre une avancée politique vers la justice et la paix.
Tout d’abord, la rencontre interreligieuse est symbolique : elle est signe que des hommes et des femmes ont une espérance et pensent qu’il est possible de marcher vers un monde fraternel. Ce signe s’appuie incontestablement sur la règle d’or de toutes les solutions humaines : fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse.

Mais elle est aussi symbolique à une autre titre : elle désacralise les conflits. Toute guerre a tendance à être sacralisée, à devenir une guerre religieuse. Il est rare que l’on affirme se battre pour des intérêts matériels… et la tendance de tous est de camoufler ses bas instincts sous des valeurs incontestées : la liberté, Dieu, la fraternité. La rencontre religieuse a pour but de désacraliser les conflits… d’affirmer que Dieu est en-dehors du conflit.

La rencontre interreligieuse ne peut être symbolique et efficace que si elle est portée par l’amitié, parce qu’elle veut porter sur l’autre le regard de Dieu, le regard qui sait distinguer le sacré de l’homme et de la femme qui réside dans le cœur de l’autre. Cela ne veut pas dire l’approbation de l’injustice. Loin de là. Mais seule l’amitié permet, et même oblige, de dénoncer d’éventuelles injustices efficacement. La compassion est toujours un chemin pour une rencontre vraie. Il est impossible au croyant d’oublier les larmes des victimes.

Dans la rencontre interreligieuse, il faut des partenaires qui acceptent leur vulnérabilité. La géopolitique apprend que les boucliers anti-missiles ne servent pas forcément la cause de la paix. L’acceptation de voir en face ses propres faiblesses et celles de ses amis est une condition essentielle du dialogue. Cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à la recherche de l’absolu et de la vérité, loin de là, mais il faut accepter que toute expérience humaine, toute formulation est toujours relative, et que la vérité est toujours au-delà, en avant. De plus, ni les chrétiens, ni les musulmans, ni les juifs ne peuvent revendiquer une unité parfaite… et la découverte de nos propres vulnérabilités permet de se persuader de nos imperfections et d’assumer celles des autres.

Enfin, la rencontre interreligieuse doit inviter à l’intelligence : elle refuse le rêve d’un monde parfait qui n’existe pas ou n’est pas humain. Et l’intelligence invite à regarder les identités, telles qu’elles ont été faites par l’histoire, la géographie, les expériences humaines. Il est bien d’être, pour soi, au-delà des divisions ; il n’est pas bon de nier la pluralité, ni même les tensions. Par contre, la rencontre interreligieuse pourrait contribuer à la justice et à la paix en offrant un « récit » de la situation acceptable par tous. Un récit, c’est-à-dire un regard sur les faits tels qu’ils sont et une ou des interprétations qui donnent sens à l’histoire. Ceci est capital dans cette Terre Sainte où chaque peuple, le peuple arabe et le peuple juif et chaque groupe religieux a une histoire -quelquefois dramatique - qu’il faut respecter.

Conclusion :

La rencontre interreligieuse se vit dans un monde de médias qui donnent à la fois une interprétation de la réalité, une histoire du monde, des symboles, un style et qui, dans les faits, sont une véritable religion, c’est-à-dire qu’ils permettent une relecture qui relie les personnes.
Soyons clairs. Les médias sont une nécessité. Mais ils sont souvent utilisés comme une religion sans Dieu… et sans silence.
Sans doute, dans ce monde, le silence en commun le silence partagé est sans doute ce qu’il y a de plus révolutionnaire, car il donne un espace à Dieu.
La justice et la paix sont souvent mises à mal, parce que le monde est mal nourri spirituellement.
Notre chance est quelquefois d’être sans voix, affamés…
Notre silence veut donner place à Dieu.


+ M. Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes




Télécharger le texte


Espace privé Contacts | Plan du site | Mentions Légales | Faire un don | Webmestre | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Mise à jour : 30 mai 2012 | Partager :